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Le blog


Le grand chambardement
posté le 04/02/12

Cinq années se sont écoulées avant que je ne revienne à ce blog-notes. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir eu envie d'y raconter des choses. Alors le poids du quotidien me direz-vous ? Bien sûr, mais pas seulement. Parmi toutes les raisons qui justifient ce manque d'assiduité, j'invoquerai d'abord les difficultés techniques du postage en ligne. Lorsque le temps consacré à la publication d'un billet vous prive du plaisir d'en écrire dix, l'intérêt forcément s'estompe. Fort de ce constat, je passais donc quelques années à me persuader de l'urgence qu'il y avait à agir.

Enfin, au début de l'année 2011, un talon fracturé m'imposant de rester au logis, je décidai de tout revoir de fond en comble.

L'élaboration d'un site est une chose qui accapare totalement. Des journées entières et même des nuits. Dehors, les marchés plongent, les crises se succèdent et l'inexorable tourmente arrive. Dès 2008, les sombres donjons crénelés de la récession dardaient déjà leurs cuirasses épineuses aux portes de mon quotidien. La mise en coupe réglée des services publics par les chantres du libéralisme fut pour moi le premier signe avant-coureur de cette catastrophe. Faute de pouvoir vivre du produit de son imagination, tout poète à son petit boulot. Le mien n'aura pas échappé à cette dégradation. D'abord une privatisation qui s'offre dans un joli papier cadeau avec ses promesses d'avenir radieux et ses petits fours. Puis le mirage fait place aux abus, aux humiliations et à l'effacement progressif des règles.

Aiguillonnée par le sentiment d'injustice, la douceur de mon caractère change. Cette nouvelle disposition d'esprit me rend froid, distant, résolu. Bien des exécuteurs zélés se voient dès lors contraints de marquer le pas. À chaque intimidation, menace ou tentative de séduction, j'oppose une répartie coupante et préméditée. Voir poindre dans l'œil de l'adversaire un début de crainte, même diffuse, est déjà en soi une promesse de respect consenti. Surtout ne pas courber l'échine, lutter pied à pied, rivaliser d'éloquence autodidacte pour montrer que l'art de la parole n'appartient pas qu'aux seuls patrons. Le refus de la compromission confère un certain panache en ces temps de grands dérèglements, mais elle n'est pas sans conséquence. La saisie des tribunaux s'impose en dernier ressort. On affecte alors sa plume à des fins plus pragmatiques. Une tâche fastidieuse qui prend priorité sur toutes choses et qui m'empêcha longtemps de revenir à ces lignes.

J'obtins finalement réparation. Mais le mal était fait. Je m'en allai grossir les rangs des multitudes désenchantés. Ce métier n'était après tout qu'une solution de confort. Il ne comblait en rien mes aspirations. Bien au contraire, il les restreignait. Certes, plutôt que de nager au milieu des océans tourmentés, j'aurais pu m'agripper à ce vieux radeau vermoulu. Mais la vie nous envoie parfois de bien surprenantes bouées. Ce petit garçon tout rond et tout rose qui vient soudain de m'affranchir de toutes peurs, c'est mon fils. Lorsque l'officier d'état civil me demande sur un ton monocorde et détaché : " profession du père ? ", je réponds sans la moindre hésitation : " auteur-compositeur-interprète "

Quel bel avenir que voilà !



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Photos : Jean-Marc Kuntz Post-Romantique Prod. Prochain concert : JEUDI 21 JUIN - Port de Sciez - 18 h